03.18.2017

Si près de nous mais si lointain

La bête est noire, hérissée, elle baguenaude à travers champs dans les brumes du petit matin. Elle avance, en parfaite adéquation avec le paysage sauvage. Sa crinière hirsute la rend effrayante pour qui ne la connaît pas. Et pourtant, maître cochon est juste en train de fouiller le sol, en quête de nourriture.

Le sanglier est l’unique représentant sauvage des Suidés, une grande famille de mammifères présente sur toute la planète, ou peu s’en faut. Plusieurs particularités la distinguent, dont la présence d’un disque nasal cartilagineux, une vraie pelle mécanique miniature qui lui permet de fouiller le sol pour y débusquer ses repas quotidiens.

Le sanglier est un ongulé artiodactyle, qui marche donc sur un nombre pair de doigts, contrairement au périssodactyle qui marche sur un nombre de doigt impair, comme le cheval.

Son poil dru se nomme la soie. Avouons que celle-ci manque de… soyeux au toucher! A l’âge adulte, le mâle dévoile des boutoirs dentaires qui lui confèrent un air fort impressionnant.

La progéniture naît après trois mois, trois semaines et trois jours de gestations… un truc facile à retenir. On les appelle les marcassins, ils sont beiges avec des lignes plus foncées. Maman sanglier, la laie, est une très bonne mère qui défend farouchement sa portée.

Les chasseurs ont baptisé le sanglier de divers noms fleuris, en fonction de son âge: la bête rousse, puis la bête de compagnie, vient ensuite la bête noire et enfin la grosse bête noire.

De mauvais esprits se battent pour détruire les sangliers, qui sont en vérité des animaux très utiles dans les campagnes: ils se nourrissent en effet d’insectes souterrains et de glands. De faines et autres graines. En cherchant les racines, ils retournent le sol, contribuant ainsi à son aération. Malheureusement, certains agriculteurs, qui ne veulent rien comprendre à la logique de la nature, dénoncent les travaux de terrassement de notre bestiole, qui nuit quelque peu à la culture. Un dialogue constructif doit s’instaurer entre défenseurs du sanglier et agriculteurs, afin de mettre en place une solution durable qui fasse fi de cet inconvénient. Sachons reconnaître les qualités de la faune sauvage, dont le sanglier est un pur exemple, qui garde une part de son mystère, assez brut de décoffrage. Nous semble-t-il ombrageux et fruste? C’est qu’il se fond à l’intransigeance de notre nature si souvent malmenée. Comme elle, il est un élément essentiel de résistance à l’humanité déboussolée.sanglier4

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